Cheminement écologique # 3 : Etre ou ne pas être (écolo)
Whole Foods, à cette époque-là, était en fait “Food for Thought”, un supermarché de produits biologiques et écologiques ouvert au début des années 1970 par deux écologistes de la première heure. Non, de la deuxième heure. Ils avaient réussi à créer un supermarché agréable, où l’on avait une impression de vitalité…
Bref, tout l’inverse de ce que j’avais pu vivre quelques jours auparavant (cf. billet du 20 Octobre). Cette vitalité, elle était d’abord dans les produits alimentaires, à 90% locaux, et magnifiques, ainsi que dans le mobilier, fait de matières naturelles partout où cela était possible. Elle venait aussi du cadre, plus intime, petit, à la luminosité moins agressive et aux multiples “coins”, tel celui de la boulangerie, du boucher, de la fromagère, du traiteur, chacun exhalant une odeur qui n’appartenait qu’a lui…Rien à voir avec ces parallèles sans fin de rayonnages numérotés dont le visuel m’évoque nos champs d’agriculture intensive. On sentait que ce magasin s’était façonné au fil du temps, et que chaque espace y avait été conçu pour le produit qu’il valorisait. Surtout, cette vitalité émanait des personnes. Il n’était pas rare d’entendre chanter les employés qui savaient allier efficacité et convivialité. Ils étaient jeunes pour la plupart, certains encore étudiants, et on les sentait heureux de travailler là, et ensemble. Et puis des clients aussi se dégageait une belle vitalité. Ils n’étaient ni pressés ni stressés ni éteints. Certains engageaient des conversations au beau milieu du magasin ou assis autour des tables du coin traiteur. Certains étaient à l’évidence new age ou hippies, d’autres au contraire d’apparence conservatrice-chic.
Toute cette vitalité, si elle m’a enthousiasmée, m’a aussi intimidée. Je ne sors pas d’une famille de hippies-tout le contraire-et mon schema mental, bien francais, m’empêchait de lier une conversation spontanée avec un (e) inconnu(e). J’étais même parfois à la limite du jugement, ou de l’agacement, tant je me sentais différente. Mais le plus souvent, j’étais simplement étonnée et amusée.
Si j’allais y faire mon shopping, c’était donc d’abord pour y trouver les meilleurs produits alimentaires. Qu’ils soient biologiques m’importait peu. Ils étaient meilleurs, bien meilleurs ; et le magasin était agréable. C’était donc une démarche purement épicurienne. Et je continuais à m’approvisionner sans aucun scrupule au supermarché standard pour tout le reste : produits nettoyants, cosmétiques etc. J’évitais soigneusement ces rayons la à Food for Thought parce que tout m’y semblait plus cher- (c’est du moins ce qu’un coup d’œil rapide m’avait laissé croire)- mais aussi par peur de me voir pousser des rastas, devenir végétarienne et manifester dans la rue. Car pour la jeune femme ignorante, immature et pleine de certitudes que j’étais alors, payer plus cher un rouleau de sopalin écologique tenait de l’extrémisme. Je mélangeais tout et jugeais vite, ce qui est bien pratique lorsqu’on n’a pas envie de réfléchir. J’étais certes touchée par l’atmosphère qui se dégageait du magasin, mais je restais à la surface des choses.
Bref, j’étais une consommatrice maline qui tenait un bon plan sans s’engager, qui venait acheter, un point c’est tout, comme elle l’avait toujours fait. C’était rassurant. Je ne venais pas m’informer, ni me transformer, simplement me faire plaisir dans le contexte d’une relation marchande. Pour initier un changement, j’ai eu besoin de croire que rien ne changeait.
Je vous avais prévenus…Je reviens de loin. Mea culpa…Que les puristes et les pionniers me pardonnent, s’il leur reste un peu de patience… Ce bien maigre capital d’ouverture d’esprit, la fréquentation régulière du magasin, la curiosité et le temps finirent tout de même par avoir raison de mon ignorance…Au prochain épisode…
Commentaires
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Sky - Coworx.com dit :
Mardi 24 octobre 2006 à 15:03Comme justement dit dans un de mes films préférés :
"L’important ce n’est pas la chute, mais l’atterrissage"…Effectivement, peu importe le cheminement,
l’important étant maintenant votre but, et l’énergie que vous y mettez!Vite le prochain épisode!
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Dame Nature dit :
Mercredi 25 octobre 2006 à 18:02Ces réminiscences n’étant pas glorieuses, le commentaire est vivement apprécié…! C’est dans Vol au dessus d’un nid de coucou ?
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