Cheminement écologique #4 : Fast Forward
Accrochez vos ceintures, je vais maintenant aller très vite pour vous raconter la suite de l’histoire, car en sept années, j’ai changé à une vitesse vertigineuse. Et puis il est temps d’en finir avec les confessions et de passer aux choses sérieuses. Vous connaissez la vieille histoire du client qui tombe amoureux de la prostituée?
Il ne cherchait qu’à satisfaire un besoin de façon égoïste, puis il apprend à la connaître, elle le révèle à lui-même, et ils éprouvent des sentiments l’un pour l’autre. Je vous laisse décider s’ils se marient ou pas à la fin.
Hé bien voilà. Je me mis à aimer mon Food for Thought, et a travers lui l’ecologie, bien au-delà de la relation marchande par laquelle notre rencontre avait été initiée. Il m’était chaque jour plus familier, plus agréable. J’y connaissais tout le monde. J’aimais y prendre mon temps. Et puis chaque visite devint une aventure. Car j’y trouvais des produits différents qui piquaient ma curiosité. J’y apprenais beaucoup. Moi dont le seul critère d’achat avait été la qualité, je devins une liseuse d’étiquettes. A “label reader”, puisque c’est ainsi que les gourous du marketing nous classifient. Je constatais que les produits revendiquaient leur absence de MSG, de graisses hydrogenées, de test sur les animaux, de parabens etc. Comme je n’avais jamais entendu ces mots, et que je n’aime pas l’exploitation de la peur, qu’elle soit politique ou commerciale, il fallut bien que je me renseigne. Je voulais dépasser le sensationnalisme de révélations du genre “On a retrouvé des pesticides sur les cordons ombilicaux des bébés à la naissance”. Ou encore: “60% des produits que vous étalez sur votre peau se retrouvent dans votre sang” . Malgré leur vérité, de telles affirmations me gênaient. Je me mis donc à faire des recherches sur l’Internet et puis à feuilleter certains magazines vendus aux caisses (Inutile de préciser qu’il ne s’agissait pas de magazines de robes de mariée ou de potins de stars). Apres le “feuilletage”, l’achat. Apres les magazines, les livres. J’étais stupéfaite de découvrir certaines pratiques de l’industrie alimentaire et cosmétique. Knowledge is power… Tous ceux qui en avaient abusé en connaissance de cause méritaient un sérieux boycott. Acheter du bio n’était plus seulement une affaire de goût, mais une affaire de santé et d’éthique.
Je trouvais alors le courage d’écouter les Cassandres. Ceux qui nous disent que nous courrons à la faillite de la planète. Que sous nos pieds, le sol est dévitalisé. Que sous la terre, l’eau est polluée. Qu’au-dessus de nos têtes, l’air devient irrespirable. Que les forces et la diversité de la vie sous toutes ses formes-minérales, végétales et animales- s’amenuisent. Je les entendais depuis longtemps, les Cassandres. Maintenant je les écoutais. Avec révolte, avec tristesse. J’étais mûre pour regarder la vérité en face, et la laisser agir en moi. Dorénavant, il ne s’agirait plus seulement de consommer des produits écologiques et de l’information, il fallait arreter de tourner autour du pot, et plonger.
Et ce qui me donna l’impulsion necessaire, c’est le contact avec les autres. Les rencontres, les amis. Mon métier me mettait en relation avec des chefs cuisiniers et des vignerons. Ceux qui travaillaient en respectant la santé de leurs clients et de la terre étaient bel et bien différents, et inspirants. Je devins membre du réseau “Slow Food” du Comté de Sonoma. A chaque événement, je rencontrai des “artisans de l’alimentaire” qui travaillaient à renouveler et à assainir notre regard sur l’alimentation. J’avais une chance incroyable. Le dernier numéro de Canopée (par ici) en témoigne: dans ce petit coin de la planète, l’écologie est en pleine ébullition.
Enfin, il y a un homme dans cette histoire, il faut bien l’avouer puisqu’on parle d’amour. Comme moi, il prenait l’alimentation très au sérieux. Au moment où je le rencontrai, il n’avait pas encore beaucoup changé sa façon de vivre, mais il évoluait aussi très vite. Evidemment, à deux c’est toujours mieux. Il devint mon mari. Pour notre deuxième enfant, nous souhaitions une naissance aussi naturelle que possible. Je m’aperçus bien vite que cela nous mettait hors circuit, car la naissance aussi est industrialisée. En matière d’éducation, nous choisîmes une école “alternative”. Dans cette école, d’ailleurs les enfants mangeaient bio et cultivaient un jardin potager. Professionnels de la santé et enseignants nous aidèrent donc aussi à avancer. Le jardin potager, je m’y mis à la maison, et j’y trouvais beaucoup de plaisir et une belle opportunité pour me relier à la terre. Tous ces choix dépassèrent les motifs précédemment évoqués: Il ne s’agissait plus seulement de goût ou de santé. Nous élaborions un art de vivre, petit a petit, au fil du temps et des situations, qui remettait en question les valeurs consuméristes, prédatrices, et polluantes de nos modes de vie. Nous recherchions la qualité de la relation humaine, reconnaissions que le temps et la simplicité sont essentiels, et que le contact avec la nature est vital. Nos sensibilités changeaient. Il m’est difficile de capturer par les mots une évolution personnelle, vivante et remuante. Je me contente aujourd’hui d’une évocation. Mais chacun sent que l’écologie est aussi une certaine vision du monde. Chez nous, maintenant ici en France, elle continue de s’approfondir.
Commentaires
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titoune dit :
Lundi 30 octobre 2006 à 15:08Félicitations pour avoir raconté ce parcours…
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J’ai eu en le lisant comme un sentiment de "déjà vécu", qui fait réaliser que cette prise de conscience et les évolutions qui en découlent se font peu à peu, jour après jour, sans que l’on s’en aperçoive vraiment. Et puis aujourd’hui en regardant en arrière je me dis que je n’aurais jamais imaginé accomplir ce parcours quand je l’ai commencé… J’ai eu ma première prise de conscience écologique juste après la naissance de ma fille, il y a 2 ans, et peu à peu notre manière de vivre et de consommer change…en ayant commencé par l’alimentation bio, en me disant que jamais probablement je n’en viendrai aux cosmétiques et produits ménagers bio… et puis finalement si! En tout cas je suis sortie du consumérisme ambiant, et j’apprécie beaucoup mieux grâce à ça les choses simples de la vie!! -
Dame Nature dit :
Mardi 31 octobre 2006 à 14:45Merci pour votre commentaire. Il me touche beaucoup. Je me doutais bien que ce parcours etait somme toute classsique, mais quand-même, cela remue beaucoup de choses de le raconter. Alors il est rassurant de lire votre message. C’est exactement cela, "les choses simples de la vie"…quelle recompense pour les apparents "sacrifices" qu’un mode de vie écologique impose! C’est intéressant aussi de voir combien les enfants nous transforment. Je vous souhaite beaucoup de bonheur et de force le long de ce chemin
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Alice dit :
Jeudi 2 novembre 2006 à 22:29Chere Dame nature,
Qu’il est long de lire les étiquettes! Mais comme c est instructif!
Je pense surtout que quand on est débutante comme moi, on ne s imagine pas encore quelle ampleur cela prendra dans notre vie.
Et comme pour beaucoup de choses, il semble surtout compliqué de COMMENCER, de savoir faire la part des choses justement entre l’exploitation de nos peurs ou des analyses biaisées réalisées par certains lobbys, et la qualité réelle du produit qu’on a dans les mains.
Si vous avez une lecture à recommander sur le sujet, qui vous a aidé à vos débuts, je suis preneuse…En tous cas c est un réel plaisir de vous lire!
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Merci! -
titoune dit :
Vendredi 3 novembre 2006 à 8:37Je ne suis pas Dame Nature mais j’ai lu quand même quelques livres instructifs sur le sujet:
– "Santé, mensonges et propagande" de Thierry Souccar et Isabelle Robard (intéressant à propos du poids des lobbies de l’agro-alimentaire sur les conseils
nutritionnels délivrés à tout va (3 laitages par jour par ex.) etc.– "La vérité sur les cosmétiques" de Rita Skiens (premier livre à avoir fait le point sur tous les composants que l’on peut trouver dans les cosmétiques et sur leur toxicité ou non)
J’en ai quelques autres, liés au lait de vache, à l’alimentation des bébés, mais peut-être que cela vous intéresse moins.
Je suis preneuse si Dame Nature en a d’autres!Bonne journée
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mlle bio dit :
Vendredi 3 novembre 2006 à 9:16Alice, Je laisse Dame Nature vous répondre sur sa propre expérience. Vous pourrez lire beaucoup sur de nombreux sujets (notamment en matière de risques sanitaires ….). Mais, pour ne pas vous laisser décourager, je vous conseille aussi de vous laisser guider par le simple plaisir de la découverte : allez dans une boutique bio bien achalandée avec un personnel disponible et posez leur les questions. Qu’est-ce qu’ils vous conseillent ? Qu’ont-ils goûté dernièrement ? Comment cuisinent-ils tel ingrédient ? … Ce parcours sera celui d’une épicurienne qui aime la vie. Petit à petit, vous en viendrez à creuser les différentes questions et faire le tri entre alimentation traditionnelle saine, peu recommandable et bio. Devenir "consomm’acteur" est un long chemin. Surtout, ne vous laissez pas décourager.
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Dame Nature dit :
Vendredi 3 novembre 2006 à 12:09Bonjour Alice et Titoune,
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Merci pour votre commentaire. Je rejoins Mademoiselle Bio: Faites confiance à votre bon-sens, à votre esprit critique, à votre palais. Sachez d’avance que vous vous tromperez à l’occasion, et que tout n’est pas encore écrit. Avancez pas à pas, en choisissant les domaines qui vous sont le plus familiers ou qui vous tiennent le plus à coeur. Et ne culpabilisez pas quand vos vieux reflexes vous rattrapent et que vous vous faites plaisir avec un coca! Quant aux livres (Merci Titoune pour votre liste. Je ne connais pas ces livres), je dois dire que la plupart de mes ouvrages sont en anglais, mais si vous lisez bien cette langue, je me ferai une joie de vous donner une liste. Les derniers ouvrages francais que j’ai achetés ont trait à la naissance, l’alimentation, la santé et la vaccination des enfants, l’argile et le lait, le jardinage. Si cela vous intéresse, je vous communiquerai aussi les titres. Je suis fan de la maison d’édition Terre Vivante.
La plupart des Biocoops ont de beaux ouvrages à la vente, et vous pouvez les feuilleter avant de vous decider. Le magazine Biocoop, gratuit, est bien fait aussi. Un article, c’est moins lourd qu’un livre. Ma biocoop a meme une bibliothèque d’emprunt!
Et puis n’hesitez pas à me poser des questions via Melle Bio. Je n’ai pas la bioscience infuse donc il y aura peut-etre un délai dans ma réponse, mais je serai heureuse d’écrire des billets sur demande, cela me forcera à explorer en dehors de mes propres préoccupations. L’éventail est si large!
Bon courage Alice, et merci encore Titoune. -
Alice dit :
Mardi 7 novembre 2006 à 23:30Bonjour Titoune et Dame nature,
Merci beaucoup pour les pistes exploratoires Titoune, il faut toujours bien commencer par quelque chose, et je sais que plus on avance dans la connaissance plus il est dur d etre simple et synthétique. Et je retiens ussi Terre vivante de Dame nature.
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Pour le reste j ai compris: pas a pas!