Coté créateurs engagés, Bruno Louis d’Ekobo

Bruno Louis est un ancien L’Oréalien mais surtout un grand voyageur. Après un grand tour du monde, il s’engage et crée Ekobo. J’ai tout de suite aimé le design contemporain et acidulé de ces objets de déco beaux et équitables. Maintenant, vous pourrez découvrir dans cette interview que leur démarche est aussi intéressante que leurs produits.


Comment as-tu démarré ton activité (un produit, un pays et une communauté, une variété de produits et de communautés …)? Pourquoi?
J’ai été fasciné par les différentes vertus du bambou ; c’est une ressource naturelle rapidement renouvelable qui fait vivre de nombreuses populations dans différentes parties de la planète. En revanche il n’y avait pas sur le marché de produits à forte valeur ajoutée qui valorise a la fois cette plante et le savoir-faire des communautés artisanales qui le travaille depuis des siècles.
Après la visite de plusieurs régions lors d’un tour du monde j’ai opté pour le Nord du Vietnam où il me semblait possible de développer une filière équitable, transparente et qualitative sur le long terme.

Aujourd’hui, quelle est ta stratégie de développement auprès des communautés partenaires : te concentrer sur un nombre restreint de communauté et/ou de pays ou te diversifier (pays & communautés)? Pourquoi?
La stratégie est de se concentrer sur des villages experts qui par l’intermediaire de leur liens familiaux forment d’autres villages dans la région. A terme nous envisageons un transfert de compétences entre le Vietnam et Salvador de Bahia au Brésil où les conditions sont propices au développement d’une filière durable sur le bambou.

Au niveau de la production, as-tu choisi de tout produire là-bas ? Ou y a-t-il certaines étapes que tu as conservé en France? Pourquoi?
Tout est fait localement au niveau du village, de la coupe des tronçons a l’emballage du produit fini;. Nous ne travaillons pas avec des usines mais directement avec les petits ateliers des maisons des artisans. Ce mode d’organisation permet un meilleur contrôle et une meilleure rémunération en amont; comme le produit fini est emballé au village il y a une réduction considérable des déchets d’emballage qui habituellement s’accumule le long du flux logistique; de plus les communautés prennent confiance et apprennent comment exporter elle-même le fruit de leur travail.

Pour ta production dans les pays du Sud, apportes-tu un savoir-faire « occidental » ? Autrement dit, y a-t-il un transfert de compétences ou te reposes-tu sur leur savoir-faire traditionnel ?
Nous apportons un design contemporain qui correspond aux attentes du marché et à pour conséquence d’assurer du travail dans la durée ; nous les sensibilisons aussi sur les enjeux environnementaux ( papier vs plastique, laque aqueuse vs produits chimiques); de leur côté ils améliorent leur mode d’organisation et la qualité sur la base d’un savoir-faire traditionnel qui se transmet de génération en génération.

Depuis que tu bosses avec tes communautés partenaires, vois-tu un impact direct sur leur qualité de vie ? Qu’est-ce que ça a changé pour elles concrètement ?
Dans le concret les revenus mensuels ont triplés , on a constaté un ralentissement de l’exode rural et certaines personnes ont appris des nouveaux métiers au-delà du travail du bambou comme le contrôle de qualité et la gestion.

As-tu constaté des effets pervers du commerce équitable (dissensions entre les communautés, soucis avec les intermédiaires historiques…) ? Si oui, comment les gères-tu ?
Nous travaillons à ce jour avec environ 300 personnes en direct ; soit une trentaine de familles reparties dans 4 villages. Il y a forcément des jalousies entre certains mais comme le critère de sélection est basé sur l’expertise et l’exigence de qualité sur le long terme il y a un nivellement par le haut qui se fait par la compétence. Comme nous payons directement les artisans sans passer par une coopérative ou un chef de village cela ajoute aussi de la transparence dans le rapport à l’argent.

Concernant les intermédiaires sur la chaîne de production classique qui sont souvent des petites usines ou des agents de grosses boîtes d’export, elles copient nos designs mais n’arrivent pas à obtenir la même qualité car elle passe moins de temps avec les artisans et les paient beaucoup moins. Elles sont plutôt dans un rapport de force qu’un modèle de collaboration. De plus comme peu de boîtes se spécialisent uniquement sur le bambou, cela nous donne un avantage car l’artisan sait que nous sommes mutuellement dépendant l’un de l’autre et un rapport de confiance s’établit plus facilement.

Crois-tu vraiment que le commerce équitable peut vraiment changer le sort des pays du Sud ? Quelles en sont ses limites ?
Je crois surtout au commerce de bon sens : réduire au maximum le nombre d’intermédiaires qui apportent peu de valeur ajoutée au produit ; mixer innovation et savoir-faire local pour séduire les marchés d’exportation mais aussi locaux et surtout avoir une stratégie de croissance maîtrisée dans la durée.

Je pense que l’enjeu est autant de sensibiliser le consom’acteur sur les conséquences positives ou négatives de ses actes d’achats au quotidien mais surtout de prouver par la qualité du produit que c’est une filière plus compétitive qui valorise et développe une économie locale.
Les limites de ce modèle c’est quand tu atteins un volume et une industrialisation trop importante de ton mode de production ; tu risques de perdre le lien avec l’artisan ou le paysan au départ. Je pense donc que c’est très important de trouver le juste équilibre entre des unites de production à tailles humaines et une efficacité des flux logisitiques.

Bio & équitable, cela va-t-il toujours de pair ? Pourquoi ?
En théorie oui. Spontanément un souci de mieux -faire, de qualité de vie, la recherche d’un équilibre, le respect de soi et de l’autre… en bref des valeurs de partage.
En pratique il faudrait que la filière bio et équitable pousse encore la réflexion sur l’emballage ! Il y a des contradictions surprenantes parfois entre le discours sur le contenu et le suremballage du contenant !

Tes convictions et tes idéaux ont-ils évolué du fait de vivre au quotidien cette réalité ? Dans quel sens ?
Oui, je suis convaincu que les échanges sur la planète vont s’accélerer notamment en raison des nouvelles technologies, que l’on va vivre plus longtemps, que nos ressources sont limitées et que pour autant la nature humaine ne va pas s’arrêter de consommer.
Il faut donc faire vite pour equilibrer le partage des ressources globalement et trouver des solutions péréennes et ingénieuses en se basant sur les atouts locaux d’une région.

Que faisais-tu avant de créer ta boîte ?
J’ai travaillé 4 ans dans le marketing international pour l’Oréal ( Parfums Cacharel, Armani), 2 ans de tour du monde et 3 ans chez Added Value un cabinet de marketing stratégique spécialisé dans l’innovation.

Pour te lancer dans cette création, as-tu eu un déclic ou une lente prise de conscience ?
La prise de conscience était présente depuis longtemps mais le déclic a eu lieu quand j’ai découvert la versatilité du bambou lors d’un trekking en Birmanie. J’ai vu que cette plante pouvait être un vecteur positif pour combiner à la fois le social, la nature et le commerce.

Combien de temps par an passes-tu à voyager auprès de tes communautés partenaires ?
Je suis sur le terrain 3 a 4 fois par an ; les visites durent 10-15 jours; j’ai un bureau surplace avec 4 collègues vietnamiens qui travaillent quotidiennement avec les artisans.

Personnellement, qu’est ce que ça t’apporte de construire ton activité sur des bases équitables ?
C’est motivant, épanouissant et …crevant. Le facteur humain joue un role clé et plus on grandit plus on se doit de continuer. C’est un défi permanent mais très enrichissant car on se sent acteur dans le moment présent.

Entreprendre est en soi un beau défi. Pour toi, quelles sont les difficultés que le commerce équitable a ajouté à la difficulté d’entreprendre ?
La difficulté au début était de remonter toutes les étapes de la chaîne de production classique et déceler les personnes partageant les mêmes valeurs. C’etait un peu comme nager à contre-sens d’un modèle très établi.
Aujourd’hui avec une entreprise en forte croissance la difficulté est surtout dans la gestion de la trésorerie : nous sommes sur un modèle où nous payons les artisans 50% à l’avance, 50 % à la fin de la production mais en revanche nos clients nous paient parfois 60 à 120 jours plus tard…l’équitable est encore en devenir sur ce point-là.

Une anecdote sur ton vécu des différences culturelles ?
Au début les artisans vietnamiens trouvaient que nos formes de produits étaient trop simplistes et nos couleurs acidulées trop flashy ; après 3 ans de collaboration continue c’est encore le cas.
Lorsque au début nous avons demandé de supprimer le plastique dans les emballages pour le remplacer par du papier recylcé et du carton notre motivation était la préservation de l’environnement. Pour les villages c’etait convaincant non pour des raisons de développement durable mais parce que cela représentait une économie de 7% sur leurs achats…

24 avril 2007 Par Mlle Bio 16 Commentaires Commenter l'article

Commentaires

  1. Julie dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 11:06

    Bonjour Violette,
    merci pour le mot dans le colis. Je viens de me régaler à lire cette interview. Je connaissais EKOBO et j’apprécie vraiment de pouvoir découvrir le projet et l’homme. Son parcours est riche et ses ambitions admirables. Bravo et merci.

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  2. Mike dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 11:12

    Merci Violette pour cette itw

    ca fait quelques temps que je connais les produits ekobo, et j’adore la démarche.

    Pourvu que l’on en ai plus d’ici peu, c’est vraiment très bien pour le service et même pour préparer certains plats !

    Répondre
  3. benoit dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 11:21

    Super réalisation pour Ekobo. C’était tres instructif. Le choix du pays partenaire me touche (ca se trouve j’ai de la famille éloignée qui est dans la combine). On sent par contre que ca demande beaucoup d’investissement. Bon courage à Ekobo pour tenir le cap.

    Répondre
  4. Fredou dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 12:50

    Merci Violette de nous faire découvrir une telle démarche, j’adhère parfaitement à ce développement… et à leurs produits, d’ailleurs je viens de les contacter pour connaitre leurs conditions car j’aimerai bien pouvoir proposer un choix de produits sur mon site…à bientôt

    Répondre
  5. Mlle Bio dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 17:58

    Julie : Découvrir les hommes qui ont construit les marques, c’est ce que je préfère dans mon métier. J’ai donc eu envie de le partager avec vous. Mike : Plus, toujours plus … perso, je suis déjà épatée par la taille de leur catalogue. Achetons déjà ce qu’ils proposent et ensuite ils pourront grandir. Benoit : En effet, cela demande beaucoup d’investissements tant humains que financiers. Et ça ressort dans toutes les itw ! Fredou : J’ai hâte de découvrir ton site … je me demande bien quel va être ton choix produits … en tout cas, je t’encourage vivement à raisonner produits responsables !

    Répondre
  6. Mike dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 18:36

    @ Violette : je ne voulais pas dire "plus, tjs plus" de produits chez Ekobo, mais bien "plus de démarches dans leur sens", c’est à dire d’entrepreneurs éthiques :-)

    C’est avec des personnes comme Bruno que la consommation et la société changera de vue vis à vis de l’environnement et de son respect ;-)

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  7. Julie dit :

    Mardi 24 avril 2007 à 23:33

    Fredou> tu ouvre une boutique en ligne ? j’ai essayé d’aller sur ton lien (blog) mais impossible on tombe sur la page orange…

    Répondre
  8. travel dit :

    Mercredi 25 avril 2007 à 10:09

    c’est bo ces produits
    a quand la boutique en ligne?

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  9. Frédéric dit :

    Mercredi 25 avril 2007 à 13:16

    Très intéressant cet interview. Ce sont de très jolies produits, complètement dans la tendance. Pas de e-shop sur le site mais il y a la possibilité de les acheter chez:
    http://www.comptoir-ethique.com
    http://www.voice-tm.com/
    http://www.homology.com

    Répondre
  10. Mlle Bio dit :

    Mercredi 25 avril 2007 à 17:51

    Bienvenue Travel & Frédéric ! Frédéric, merci pour ces infos.

    Répondre
  11. katy dit :

    Mercredi 25 avril 2007 à 19:52

    Merci MademoiselleBio de nous faire découvrir ces beaux projets !

    A bientôt….

    Répondre
  12. Fredou dit :

    Jeudi 26 avril 2007 à 2:40

    JULIE>effectivment j’avais mal saisi l’adresse, je crois que maintenant c’est mieux, à bientôt

    Répondre
  13. Thierry dit :

    Jeudi 26 avril 2007 à 9:32

    Et si en plus l’ecologie (sur les emballages) rime avec économie.
    C’est génial, comme quoi , préserver la planete ne serait pas si couteux qu’on veuille bien nous le faire croire

    Répondre
  14. Mlle Bio dit :

    Jeudi 26 avril 2007 à 14:26

    Bienvenue Thierry ! C’est très vrai. Il y a beaucoup de désinformation sur le sujet. Mais, le bio & l’équitable à qualité égale n’est pas plus cher ! Tout est une question de qualité !!!

    Répondre
  15. quetchka dit :

    Mardi 26 juin 2007 à 18:12

    voui… que du beau chez Ekobo et en plus c’est bon pour l’âme !
    Bonne continuation :)

    Répondre
  16. Mlle Bio dit :

    Jeudi 28 juin 2007 à 8:54

    Bienvenue Quetchka ! Consommer autrement fait du bien en effet ;)

    Répondre

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