Santé, Mensonges et Propagande de T. Souccar et I. Robard, éd. Seuil
Quand on devient maman, chacun y va de son petit conseil pour bien élever nos enfants : il faut leur donner 500ml de lait par jour, pas trop de ci, plus de ça. Les grand-mères nous ressortent leurs recettes d’antan, les pédiatres leurs conseils nutritionnels signés Lactel et autre fabricant … Et quand on devient écolo., on devient méfiant. On réalise à quel point nous avons pu nous fourvoyer sur nombre de sujets. Avec cette perspective, j’ai eu envie d’en savoir plus coté alimentation, d’avoir une vision objective et étayée. J’ai donc lu Santé, Mensonges et Propagande.

Très dense, ce livre est une mine d’information claire et précise. Sans pitié, les auteurs (l’un journaliste scientifique pour Sciences et Avenir, l’autre avocat à la cour) dénoncent les dérives du monde agro-alimentaire français. L’information qui nous parvient au quotidien est déformée et peut nuire sérieusement à notre santé. En effet, nos experts français (médecins, diététiciens …) sont intimement liés à l’industrie agro-alimentaire. Plutôt que d’inciter les français à adopter une hygiène de vie bénéfique à leur santé, ils servent des intérêts économiques ou confortent de vieux préjugés sans se fonder sur les données scientifiques à jour. Ce livre est édifiant car il nous montre à quel point nous devons garder notre esprit critique face aux recommandations médicales et nutritionnelles tant industrielles que gouvernementales ! Non seulement, il démontre comment certains conseils nutritionnels devenus évidence sont nuisibles à notre santé (notamment, “500ml de lait par jour par enfant pour renforcer ses os”, “manger allegé pour maigrir” …). Mais, surtout, il propose un guide pour manger sainement élaborés par un collège d’experts indépendants sous la tutelle d’Harvard. Une hygiène de vie à adopter de toute urgence pour vivre mieux et plus longtemps !
Personnellement, ce livre a répondu à beaucoup de mes interrogations. Il m’a donné l’accès à une source d’information objective (résultat de 3 ans de recherches) et il m’a guidé dans ma vie pratique pour mieux adapter notre alimentation. Vous trouverez ci-dessous un bref résumé de la structure du livre. Il ne se veut pas exhaustif car il ne retranscrit pas l’aspect scientifique, pourtant si riche. En revanche, j’espère qu’il vous donnera envie d’en savoir plus.
Nutritionnistes et Agro-business : le grand flirt
Dans ces chapitres, on comprend que médecins et experts gouvernementaux deviennent des porte-paroles indirects de l’agro-business grâce aux études sponsorisées et à leur participation aux conseils scientifiques de ces groupes. En amenant leur caution scientifique, ils encouragent la société de consommation en dépit de toute raison scientifique. Et même pire, ils encouragent la consommation d’aliments dont les bénéfices pour la santé sont plus que douteux (risque de cancer, d’obésité …).
Aliments et santé : ce qu’on vous fait avaler
Comme disait Lénine, répétez un mensonge suffisamment longtemps, il deviendra vérité ! Dans ces chapitres, les auteurs font la peau aux mauvais conseils nutritionnels. De leur plume acérée, ils étayent scientifiquement les risques liés à la sur-consommation de laitages, de produits allegés, de “goûter qui rend mince”, de sucres raffinés et de céréales transformées… Ils nous indiquent comment satisfaire nos besoins en calcium sans pour autant boire du lait, pourquoi réhabiliter les bons corps gras dans les régimes minceur, à quels points les aliments non transformés, les céréales complètes… sont bénéfiques à notre santé. Pour chaque sujet, les sources scientifiques sont denses et les conclusions à contre-courant du discours commun. Pour le lait, par exemple, ils nous présentent les risques liés à sa sur-consommation quotidienne (cancers, intolérances digestives, diabète infantile, infarctus…). Ils nous rappellent que les apports en calcium doivent être diversifiés (légumes crucifères, eaux minérales, anchois…) et que 500ml de lait pour un enfant, c’est déjà trop !
Comment la France part en guerre contre les plantes et les compléments alimentaires
Dans ces chapitres, les auteurs donnent des exemples de mésinformation flagrante par la presse liée à un manque de recul scientifique des journalistes (notamment sur la créatine). Ils montrent le combat à mener pour réhabiliter légalement la pharmacopée locale d’outre-mer discriminée par l’AFSSAPS. Enfin, ils font tomber le mythe de l’alimentation équilibrée, source suffisante de vitamines et minéraux. Ils encouragent donc la consommation régulière de compléments alimentaires. Mais montrent à quelle point la réglementation française est inadaptée (médicament, aliment, stupéfiant…).
A quand une vraie politique de santé et de prévention dans l’intérêt exclusif des consommateurs français ?
Dans ce chapitre sont soulevés les points bloquants pour aller vers une politique de santé autonome : intérêts contradictoires, volonté politique, cumul des mandat des experts. Sont proposées quelques réformes : surveillance des industriels, représentation des consommateurs dans les agences gouvernementales, libre-accès à l’information …
Que faut-il manger pour vivre mieux et plus longtemps ?
J’ai beaucoup apprécié ce chapitre pour ses conseils nutritionnels pratiques, applicables à la maison. Ces recommandations “sont assises sur des faisceaux convergents de preuves scientifiques récentes” et sont pleines de bons sens. Alors voilà quelques conseils nutritionnels issu du “guide pour manger sainement” (Harvard): adopter un régime riche en fruits et légumes et céréales complètes, réhabilitez les bonnes graisses dans votre alimentation (olive, colza, arachide) et bannissez les matières grasses hydrogénées, cuisinez poissons gras et crustacés 2 à 3 fois par semaine, consommez moins de glucides et privilégiez les aliments complets, riches en fibres et aussi peu raffinés que possibles, un seul laitage quotidien, limiter les excès de viandes rouge et de charcuterie (pas plus de 2 ou 3 fois par semaine!), boire de l’eau, de l’alcool avec modération et des jus de fruits occasionnels. Cette liste n’est pas exhaustive. Elle vous donne quelques pistes mais je vous encourage vraiment à lire le livre pour bien comprendre les fondements de tous ces conseils.
Suite à ce livre, Thierry Souccar a publié Lait, Mensonges et Propagande. Il est déjà au programme de mes prochaines lectures, même si l’auteur a déjà pas mal étayé les controverses liées au lait dans cet ouvrage. Avez-vous déjà lu un livre de cet auteur ? Qu’en pensez-vous ?
Commentaires
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Mu dit :
Mercredi 5 septembre 2007 à 12:07Je n’ai pas lu ce livre mais la partie sur les compléments alimentaires me fait un peu tiquer: comment l’homme depuis des milliers d’années a pu se passer de ces compléments et maintenant on nous les présente comme obligatoires pour bien manger? Bizarre. Je suis dans ma phase bien manger moi aussi et dans un des bouquins que j’ai acheté ils disent de varier les céréales complètes et "incomplètes" à cause de problème de digestions. Le mot "scientifique" revient beaucoup aussi, hors les autres livres/experts prétendent aussi se baser sur des études scientifiques. Qui croire alors?
Enfin Harvard n’est pas forcément gage de probité, c’est une université privée il me semble et donc elle a besoin de fonds, qui les donne sinon les industriels?
Enfin bon voilà c’est les questions que je me pose à chaud en lisant ta critique sur un livre qui prétend démonter les mensonges.Mu
PS: seras-tu présente au salon Beyond Beauty début Octobre à Villepinte?
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béa dit :
Mercredi 5 septembre 2007 à 16:07Le problème, Mu, c’est justement que les produits que nous consommons aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux que consommaient nos ancêtres (et inutile de remonter loin …). Agriculture intensive, pesticides, appauvrissement des sols, pollution de l’air et de l’eau, sans compter tous les traitements industriels que subissent la plupart des aliments dans nos supermarchés, et l’on comprend mieux alors pourquoi il devient nécessaire de suppléer aux carences de notre alimentation "moderne".
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Oliv' dit :
Mercredi 5 septembre 2007 à 17:30compléments alimentaires = enrichissement des laboratoires et autres affiliés ! (pour la plupart en tout cas).
Mais je vais le lire pour me faire mon idée.
Merci de l’info en tout cas et longue vie à Mlle Bio.Oliv’
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Mlle Bio dit :
Jeudi 6 septembre 2007 à 2:28Mu, je comprends ton scepticisme. Et je dois avouer qu’au sujet des compléments alimentaires, je me suis fait les mêmes réfléxions. Et j’ai trouvé une réponse sensée dans ces éléments : “nous sommes exposés à un risque mécanique de déficit, notamment parce que la quantité de calories et de protéines n’a cessé de décliner depuis un siècle.” Grosso modo, il faudrait consommer au moins 2700kCal/jour pour atteindre les apports recommandés en minéraux et vitamines. Or une française consomme en moyenne 2000kCal/jour. Ma réponse alimentaire (notamment au niveau des enfants) a été de réapprendre à consommer fruits secs, noix, crucifères … riches en minéraux et vitamines. Pour les doutes scientifiques, on ne peut nier les travers possibles. Mais, je dois avouer que le livre est très étayé sur ces sujets. Et je ne crois vraiment pas que les chercheurs d’Harvard vivent grâce à l’agro-business. En tout cas, leur guide nutrition est plein de bon sens. Bienvenue Béa ! La qualité nutritionnelle des aliments n’est pas abordée dans le livre. Mais, il est sûr qu’à force de consommer des légumes qui ne sont pas de saison, de les faire voyager des semaines durant … on ne peut pas s’attendre à avoir la même richesse nutritionnelle qu’un légume fraîchement cueilli dans son potager ! Bienvenue Oliv’ ! Par définition, la consommation profite à un fabricant. Mais il existe des compléments alimentaires naturels fait par des petits producteurs de qualité … tant qu’à faire, autant les faire grandir ! Bonne lecture, c’est dense mais stupéfiant.
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Dame Nature dit :
Mercredi 26 septembre 2007 à 17:53Comme d’hab, j’arrive après la bataille…mais on est enfin raccordé à l’Internet, donc ça va changer!
Merci pour ce billet. Je partage aussi le scepticisme de Mu sur les compléments alimentaires, et la réflexion de Bea.
Une réponse est de consommer non seulement plus d’aliments crus, complets, mois de viande et de produits laitiers mais d’être très attentifs à la qualité des produits consommés. Ça n’est pas tant le "quoi " que le "comment" qui est important. Comment ces légumes ont-ils poussé, dans quelles conditions ces animaux ont-ils été élevés? Quels aliments ont-ils eux-mêmes manges?
On sait par exemple que les oeufs biologiques sont 2 fois plus riches en Omega 3 que les oeufs conventionnels. Que les variétés de blé hybrides modernes ont été sélectionnées pour leur haute teneur en gluten (plus simple pour la transformation boulangère) ce qui est une cause de réactions allergiques. Prenons l’exemple du lait aussi puisque tu en parles=Certes nous avons été pousses à consommer trop de produits laitiers, mais il faut bien comprendre qu’entre le lait cru biologique et le lait pasteurisé et homogeneisé issu de vaches sélectionnées pour leur production laitière hyper productive et constamment malades il y a une énorme différence. Donc attention, il y a lait et lait, céréale et céréale, viande et viande etc…
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