Un Carrefour qui ne mène nulle part
Vendredi, je suis allée chez Carrefour. Hé oui, cela m’arrive encore de temps en temps. Je ne sais pas trop pourquoi j’insiste puisque j’en sors toujours déprimée, mais bon, il semblerait qu’ils aient absolument tout ce dont on pourrait éventuellement avoir besoin (ou pas) et donc toujours une raison pour moi d’y aller. Et puis ces visites ont l’intérêt de me ramener à la réalité. Ce jour-là, j’avais un rendez-vous médical juste à côté et il me fallait des produits que ma Biocoop ne vend pas et de quoi nourrir ma famille en attendant le marché de Dimanche sur la place du village. Bonne surprise, je trouve du lave-glace (pour voitures) écologique, et les fruits et légumes bio pour une fois sont bien présentés, leurs prix faciles à lire. Je prends une boule de pain bio ; elle est toute chaude. Bref l’humeur est au beau fixe, et c’est toute souriante que j’arrive au comptoir des fromages :
« Moi : Bonjour Madame, qu’est-ce que vous avez en bio ?
L’employée : Heu, rien. »
Etrange. Il me semblait bien avoir acheté du fromage bio la dernière fois.
Moi : « Tiens, c’est étrange, vous en aviez cet été pourtant. »
L’employée : « Oui, c’est vrai, on en a eu cet été pour les étrangers. »
Les étrangers ? Ah oui, elle parle sans doute des touristes d’Europe du Nord, nombreux l’été en cette région, et qui sont plus en avance que nous sur la question.
Moi : « Mais pourquoi est-ce que vous n’en avez plus ? »
L’employée : « Bein, ca ne se vend pas, les gens vont au rayon frais pour l’acheter. »
Au rayon frais ? Mais qu’est-ce qu’elle me chante ?
Moi : « Ah oui ? Il y a des fromages bios au rayon frais ? »
L’employée : « Heu, non, en fait je sais pas. Je sais pas pourquoi on en a plus. Y’a le brebis qui vient d’une bonne ferme mais ils n’ont pas le label bio. »
Si j’avais le temps et l’envie de rire et de pleurer je lui demanderais de m’expliquer ce que c’est « une bonne ferme »…
Moi : « C’est vraiment dommage. Bon, qu’est-ce que vous avez de local ? »
L’employée : « Heu, rien »
Moi : « Attendez, en chèvre, vous devez bien avoir quelque-chose. »
L’employée : « En fait d’habitude on en a des Cévennes mais là y’a plus que du Sainte-Maure. »
Là, le moral en prend un coup. Je repars quand-même avec un Brebis basque, un Roquefort et un bel Epoisse. Je sais, j’aurais du laisser tomber l’idée du diner salade-fromages ce soir, repartir sur autre chose. Mais on ne peut pas être au top tout le temps. Au moins, ils auront moins d’emballage que si je les avais achetés au rayon frais ; et ils seront meilleurs, me disais-je. Et puis l’Epoisse m’avait vraiment tapé dans l’œil.
J’arrive à la caisse. Devant moi, un cinquantenaire demande ses sacs plastiques.
L’employée : « Nous ne donnons plus de sacs plastique. »
Aie, ça tombe mal, il a pas l’air commode. N’empêche, c’est plutôt une bonne nouvelle.
Le Monsieur, choqué : « Pardon ? Et comment je fais moi ? »
L’employée : « Y’a le sac à €0,10. Vous pouvez mettre beaucoup de choses dedans ».
Il range ses petites courses dans 3 petits sacs, avec un air vraiment pas content, comme s’il s’était fait voler ses €0,30 et repart sans dire au revoir.
C’est mon tour.
Moi : « C’est vraiment bien que vous ne donniez plus de sacs plastiques. Ça fait longtemps ?
L’employée : « Oh, deux mois environ. En fait c’est depuis Janvier, mais on en avait remis pour l’été. »
Moi : « Pourquoi ? »
L’employée : « Y’a trop de monde en été »
J’y comprends rien.
Moi : « J’espère que vous allez continuer. Les gens le prennent pas trop mal ? »
L’employée : « Ca dépend. Ils s’habituent maintenant. Y’en a même qui nous félicitent. »
Moi : « Hé bien moi, je vous félicite. Et vous, vous en pensez quoi ? »
L’employée : « Moi je trouve ça très bien. Y’avait de l’abus sur les sacs plastiques. »
C’est doux-amer tout ça. D’un côté, une sélection impressionnante de fromages et pas un seul qui soit bio, ni même local. C’est lamentable. De l’autre, pas de sacs en plastique aux caisses. Ni même de sacs en papier. Juste un sac en plastique payant et solide qui sera donc réutilisé. C’est courageux. Et puis c’est quoi cette histoire d’été ? A quoi ça rime de remettre les sacs plastique justement quand la clientèle est nombreuse ? Depuis quand les supermarchés changent-ils avec les saisons ? Ces mêmes supermarchés qui se font un devoir de nous proposer des fraises et des tomates en Décembre ?
Après le divin Epoisse, suis allée faire un tour sur leur site Internet. Ça parle beaucoup de développement durable. Ils mettent en avant leur ligne de produits bios. Ils ont fait une enquête visée par L’ADEME sur les sacs plastiques. Il paraît même qu’ils recyclent plus de cartons qu’avant. Mais bon, ça s’arrête là. Faudrait pas trop rêver non plus. Leur bonne vieille habitude, c’est quand-même le toujours plus-toujours moins cher-tout le temps, et ça c’est difficile à concilier avec l’écologie.
Voilà un Carrefour bien embrouillé, une croisée de chemins contradictoires. Un peu comme l’intersection d’une autoroute et d’une piste cyclable, d’un circuit de formule 1 et d’un chemin de terre. Et moi, je n’ai plus vraiment envie d’y tourner en rond et de m’y perdre…ca m’apprendra à faire des infidelités à ma Biocoop, mes fermiers du marché et mes p’tites boutiques en ligne. Eux au moins ils savent où ils vont.
Commentaires
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'dette dit :
Mardi 5 décembre 2006 à 14:28(tiens je l’avais loupée cette note là, je dors moi)
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je vois qu’il n’y a pas que les carrefours en Belgique qui laissent à désirer.. ici il y a une seule enseigne à mon sens qui est à la hauteur à tous les niveaux (produits bio et personnel bienveillant) : Delhaize. viens faire un tour en belgique tu verras
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Dame Nature dit :
Mardi 5 décembre 2006 à 15:34Ce serait avec plaisir! Vous les belges vous etes plus en avance que nous sur la question.
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Scarlett dit :
Mercredi 6 décembre 2006 à 12:26En Belgique, il y a les supermarchés Colruyt qui sont très bien aussi, même mieux que Delhaize puisqu’ils produisent carrément l’électricité de leur centre logistique (à Hal) à l’aide d’une éolienne, et ils viennent de recouvrir le toit du bâtiment de panneaux solaires!
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Ils proposent un grand choix de produits bio et quelques-un s issus du commerce équitable également. -
Dame Nature dit :
Lundi 11 décembre 2006 à 21:38Merci pour l’info Scarlett. Décidément, il faut vraiment que j’aille faire un tour en Belgique la prochaine fois que j’ai un post-supermarket blues!
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